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Plus que des saisons

Photo par Pixabay sur Pexels.com

L’été, comme l’hiver est peuplé de souvenirs plus doux, moins tragiques.
Ils sont de ceux qui s’oublient, qui ne durent pas.
Ils donnent à l’âme réchauffée son flot d’incertitudes
Que nul ne saurait réparer, que nulle ne saurait voir flétrir.
Ils embaument le cœur puis s’endorment sous un beau cerisier.
Ils sont de ceux qui ne lassent pas.
Ils nous transportent dans d’autres temps, d’autres sensations plus hautes en couleurs.

L’été, tout est plus intense, mais aussi apaisant.
Quand vient l’automne, les souvenirs sont la trace du présent.
Ils se rejoignent et les sentiments se décuplent pour se tordre et gémir.
Ils ne se quittent plus jusqu’à l’hiver, ils se parent de mille couleurs pour nous rappeler de ne pas oublier combien le temps nous est compté.
Ils sont habitués, ces souvenirs à se vêtir de nous, de notre carapace humaine, flétrie de certitude.
Jamais ils n’accompagnent une âme aguerrie puisque cette âme se perd dans le présent, cette âme s’oublie et se confond dans le présent.
Elle ne peut compter sur le passé, qu’elle a oublié alors elle se réfugie dans un temps qui la rassure : le présent, le tangible, l’épicurisme, ce qui lui fait croire que tout est immuable.
L’imperceptibilité de ses sentiments lui refuse tout pénétration temporelle.

Cette âme est l’âme de la Nature.
Elle refuse le passé et s’affranchit du futur.
Elle croît, se disperse, s’affaiblit ou vainc.
Elle n’attend rien, avance au prix de lourds sacrifices. Ne ploie pas sous l’effort. Ne néglige aucun détail, ne se soumet pas, résiste.

Quand vient l’hiver, le souvenir s’efface sous l’épaisse couche de glace.
Il se dégraisse, s’amenuise, se fait fi des conventions et reste là, mendiant la moindre trace d’humanité.
Reste à savoir ce que nous faisons des souvenirs pendant l’hiver.
Est-ce que nous l’écrivons, le contons, le peignons, le travaillons, l’embrassons, le chérissons, l’étreignons ou le laissons mourir ?

Qu’en est-il de nos souvenirs ?

Pendant l’hiver auprès du feu de la cheminée, du poêle ou du radiateur, j’aime m’asseoir, patienter, perdurer, m’étendre, écouter la pluie, le vent tournoyer, les arbres chanter, le ciel se durcir, les toits craquer, le vent souffler, la terre s’user, la mer se déchaîner, les flots gagner les âmes s’appesantir sur leurs sorts.

Sur la terre, la vague emporte les matelots, loin au gré des marées, au bord de la jetée, leur sort en est jeté. Reviendront-ils ? Où s’en vont elles, ces âmes perdues, après ?

Et au retour, le printemps les a accueillies.
Le souvenir gagne les petits.
L’ardent printemps est de retour, loin des flammes de l’âtre, le renouveau de l’âme, le souvenir a donné son manteau à la montagne.
Il s’en est allé quémander à la Terre qui s’est régalée des âmes.
Elle seule nous rappelle, nous ramène.
Elle nous entoure, nous protège, nous chérit et nous rejette aussi.
Nous envahit, nous nourrit, nous habille, nous enivre, elle nous fait vivre.
Et elle est notre première mère,

Terra Mater

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